Latin · Terminale · Croire, savoir, douter
Lucrèce et Cicéron : la raison contre la crainte des dieux
Deux façons de vaincre la peur des dieux.
En bref
Au Ier siècle avant J.-C., deux Romains s’attaquent, chacun à sa manière, à la peur superstitieuse : Lucrèce en poète épicurien, Cicéron en avocat qui pèse le pour et le contre.
Lucrèce, le poème de la nature
Du poète Lucrèce (vers 98 – vers 55 av. J.-C.), on ne sait presque rien, sinon son grand poème en six livres, le De rerum natura, « De la nature des choses ». Il y expose en vers la physique d’Épicure pour délivrer les hommes de deux terreurs : la peur des dieux et la peur de la mort.
| Principe | En latin | Ce qu’il veut dire |
|---|---|---|
| Rien ne naît de rien | nullam rem e nihilo gigni divinitus umquam | Aucun dieu ne crée à partir du néant |
| Tout est fait d’atomes et de vide | primordia, semina rerum, inane | Les « semences des choses » bougent dans le vide |
| La déviation | clinamen | Un écart minime des atomes rend possibles les rencontres… et la liberté |
| L’âme est mortelle | anima, animus | Faite d’atomes, elle se disperse à la mort |
| La mort n’est rien | nil igitur mors est ad nos | Là où elle est, nous ne sommes plus |
Au livre I, Lucrèce raconte le sacrifice d’Iphigénie, immolée par son père pour obtenir des vents favorables, et conclut : Tantum religio potuit suadere malorum ! — « Tant la religion a pu conseiller de crimes ! » Pour lui, religio désigne ici la crainte superstitieuse, pas la piété sereine.
Le paradoxe de Lucrèce : il ne nie pas l’existence des dieux, il leur retire tout pouvoir sur nous. Ils vivent heureux, loin du monde, et ne s’occupent pas des hommes.
Cicéron, le doute méthodique
Cicéron (106-43 av. J.-C.) est lui-même augure, membre du collège qui prend les auspices. Pourtant, dans le De divinatione (44 av. J.-C.), il fait parler son frère Quintus pour la divination au livre I, puis la réfute lui-même au livre II. Il y rapporte le mot de Caton l’Ancien : il s’étonnait qu’un haruspice pût croiser un autre haruspice sans éclater de rire.
Sa position est celle de la Nouvelle Académie : chercher le plus probable, suspendre son jugement quand on ne sait pas. Il distingue la religio, culte des ancêtres utile à la cité, de la superstitio, peur excessive qui asservit l’esprit.
Religio et superstitio
| Mot | Sens chez Cicéron | Étymologie proposée |
|---|---|---|
| religio | Scrupule, culte réglé des dieux | relegere, « relire avec soin » (Cicéron) ; religare, « relier » (Lactance, auteur chrétien) |
| superstitio | Crainte excessive, crédulité | Selon Cicéron, ceux qui priaient pour que leurs enfants leur « survivent » (superstites) |
Méthode : repérer un raisonnement dans un texte latin
- Cherche les connecteurs : nam, enim (car), igitur, ergo (donc), sed, at (mais), autem (or).
- Repère les interrogations oratoires (nonne…?) qui attendent un oui évident.
- Distingue ce que l’auteur rapporte (proposition infinitive, style indirect) de ce qu’il affirme.
Teste-toi
6 questions pour vérifier
Touche une réponse : la correction s’affiche tout de suite.
1.Quel philosophe grec Lucrèce met-il en vers ?
2.Comment Lucrèce appelle-t-il la légère déviation des atomes ?
3.Que signifie « Tantum religio potuit suadere malorum » ?
4.Selon Lucrèce, les dieux interviennent sans cesse dans la vie des hommes.
5.Quel est le principe « nullam rem e nihilo gigni » ?
6.Quelle fonction religieuse Cicéron exerçait-il ?
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